FRISE ÉPIGRAPHIQUE, EN BOIS GRAVÉ ET SCULPTÉ, DORÉ ET PEINT - Lot 65

Lot n° 65
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Estimation :
3000 - 5000 EUR
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FRISE ÉPIGRAPHIQUE, EN BOIS GRAVÉ ET SCULPTÉ, DORÉ ET PEINT - Lot 65
FRISE ÉPIGRAPHIQUE, EN BOIS GRAVÉ ET SCULPTÉ, DORÉ ET PEINT EN POLYCHROMIE (TRACES), AFRIQUE DU NORD, XVe–XVIe SIECLE. Montée sur un socle métallique (à l'envers). L'or et la polychromie presque disparus, traces de polychromie Hauteur : 26 cm ; Largeur : 140 cm ; Épaisseur : 4 cm. Une analyse radiocarbone du bois confirme une datation comprise entre 1442 et 1630 (probabilité de 95,4 %), avec une probabilité de 65,4 % pour l’intervalle 1442–1524. Ce panneau de bois présente une inscription en thuluth maghrébin aux hampes verticales élancées, se déployant sur un fond de rinceaux composé de palmettes bifides et de palmettes fleuronnées. La partie supérieure est soulignée par une frise ornée de rosettes quadripétales. L’ensemble du décor est sculpté en champlevé et conserve des traces de polychromie, notamment des restes de peinture rouge et dorée. Au revers, les marques d’herminette sont encore visibles, témoignant du façonnage du bois. Un premier cartouche, partiellement conservé, présente à l’intérieur d’un arc polylobé la fin du mot épigraphique yumn (« félicité »). Le second cartouche contient l’invocation suivante : Yā thiqatī yā amalī, anta al-rajā, anta al-walī, ukhtim…(« Ô ma confiance, ô mon espoir ; tu es l’espérance, tu es le Protecteur, achève [mon œuvre dans le bien] »). Cette supplication spirituelle, appelant à la protection divine, est attestée dans le Kitāb Baḥr al-dumūʿ (« L’Océan des larmes ») d’ʿAbd al-Raḥmān ibn ʿAlī ibn al-Jawzī (1116–1201), savant bagdadien de l’époque abbasside. L’invocation semble avoir connu une certaine popularité dans l’épigraphie d’al-Andalus et du Maghreb : elle est signalée dans des frises sculptées de l’Alhambra de Grenade et de l’Alcázar de Séville (voir Julie Marquer, « Torrijos and the Tradition of Arabic Epigraphy in Castilian Architecture », 2023), ainsi que dans une inscription de la mosquée al-Mashwar de Tlemcen (XIVe siècle) (voir Muhammad Khalidi, L’esthétique du décor islamique dans les mosquées de Tlemcen : la période zianide comme étude de cas, thèse de doctorat, Université Abou Bekr Belkaid, Tlemcen, p. 92-93). En l’absence d’un inventaire exhaustif des inscriptions sur bois, il demeure difficile de déterminer si l’emploi de cette invocation répondait à des contextes architecturaux spécifiques. Par ses caractéristiques stylistiques, la frise se rapproche néanmoins des bandeaux épigraphiques en bois employés dans les monuments construits ou restaurés par les sultans mérinides puis saadiens, avec des inscriptions aux contenus variés : dates, vers de circonstance, citations religieuses (Coran, éloges, Burda). Parmi les exemples les plus célèbres figurent les pavillons abritant les fontaines de la mosquée al-Qarawiyyin à Fès, restaurés au XVIe siècle sous les règnes des sultans al-Manṣūr al-Dhahabī et ʿAbd Allāh al-Shaykh. Plusieurs fontaines saadiennes de Marrakech, telle la fontaine dite «Shrub wa Shuf», portent également des inscriptions poétiques sur bois dans un style comparable. D’autres frises analogues ont été exposées ; l’une, plus ancienne et attribuée à la dynastie mérinide, est datée de 747/1347 et proviendrait d’une madrasa de Ceuta; une seconde peut-être contemporaine de la présente frise se trouve au musée de la Kasbah de Tanger (cf. frise inv. 58.8.108, partiellement publiée dans De l’Empire romain aux villes impériales : 6000 ans d’art au Maroc, 1990, no 430).
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